Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 10:32

de Victor Brombert[*1]  Les trains du souvenir:

 

Curieux de voir que le "Flaubert par lui-même" Num 4 de la collection microcosme au Seuil, en version 1951 est écrit par La Varende puis remplacé en 1971 par une nouvelle version écrite par Brombert, je me suis procuré les 2, je trouve aussi le Flaubert de Henri James, et tout celà à partir des réflexions de Georges Normandy dans la correspondance de Flaubert et Maupassant. Je reviendrai dans un autre topic sur la description des plages normandes dans cette correspondance.

 

Quand on cherche sur l'auteur de la nouvelle édition, il est déjà dommage de ne pas avoir un éditorial de l'éditeur pour expliquer la raison du changement. Ensuite La Varende était prestigieux et qui est Brombert?  Dans la présentation d' Amazon, professeur de littérature française en Université américaine, mais quand on voit son parcours, émigré de la Tchécoslovaquie autrichienne en France puis l'exode et émigré aux États Unis, engagé pour la libération de l'Europe il débarque à Omaha Beach, fait les Ardennes, et va jusqu'à Berlin, après sa démobilisation en 1946 il reprend ses études. Je ne pouvais passer à coté de la lecture du livre de ses mémoires. J'en extrais cette description qui me rappelle mon prof d'allemand en seconde, qui me faisait photographier les trains depuis l'amphithéâtre du lycée Colbert qui donnait sur les voies de la gare de l'est, récent rapatrié de Constantine où il avait tout abandonné dont le réseau de train de sa jeunesse, il était terriblement nostalgique et très ému à chaque passage de train. Comme j'avais attrapé le virus de la photographie et me promenais depuis mes 11 ans avec mon box, il avait trouvé l'aide idéal. J'ai récemment manipulé de vieux paquets de photos dont une série dont il fait partie. Je ne sais si c'est le voyage qui est à l'origine de l'émotion et du souvenir, ou le mode de transport, entre le train et la voiture, l'avion ou le bateau, les descriptions des parcours en calèche n'étaient pas moins émouvants. Mais il est vrai que mon souvenir de mon premier voyage seul à 12 ans pour rejoindre à Hanovre la famille de mon correspondant, est beaucoup plus fort que beaucoup d'autres escapades. La traversée nocturne de la Belgique, avec les lumières des passages à niveau, les gerbes d'étincelles lorsque nous longions les aciéries très animées, les conversations des employés aux arrêts en gare, tout est resté dans ma mémoire, avec des sensations que j'ai retrouvées lors de mes fréquents aller-retour lors de mon service en Foret-noire dix ans plus tard. manet-chemin-de-fer.jpg

 

"Bien des fois, j'ai cherché à pénétrer le secret du tableau de Manet intitulé "Le chemin de fer" où l'on voit une fillette debout, qui regarde les rails sous le pont de l'Europe à la sortie de la gare Saint-Lazare. Les barreaux de la grille qui séparent la fillette de ce qu'elle fixe du regard ne font qu'augmenter l'énigme du tableau.. Que voit cette petite fille, elle même vue de dos? A quoi songe-t-elle, pendant que la jeune femme assise, un chiot sur les genoux et un livre entre les mains, semble interroger le spectateur du regard? Ce que la fillette voit ou cherche à voir est en grande partie voilé par des nuages de fumée blanchâtre. Est-ce l'ensemble des rails, un poste d'aiguillage, une locomotive à oeil de cyclope? La petite fille désire-t-elle partir pour un grand voyage, rêve-t-elle d'une liberté indéfinie? Les barreaux à travers lesquels elle laisse couler son regard se prêteraient à un tel rêve d'évasion."

 

  /*1  Bombert  sur Wiki

 

 

 

 

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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 09:08

Dans les dernières chroniques du site Montherlant.be  une présentation d'un correspondant de Montherlant que je vous laisse découvrir: Patrick Barriot. 

 

 

 

http://www.montherlant.be/article_64_barriot.html

 

 

 

 

 

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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 19:28

rome-pauline-chateau.jpg 

Enfin trouvé la reproduction du tombeau de Pauline, que Montherlant voulait tant voir lors de sa visite de Rome avec Mathilde Pomès. ("A Rome avec Montherlant "1951 Ed. André Bonne).

 

http://mh.viviani.org/chat1/3pauline.html

 

On connait l'estime de Montherlant pour l'écriture de Chateaubriand :

 

" Les pensées de Pascal, les Mémoires de Saint-Simon et les Mémoires d’Outre-Tombe sont les trois ouvrages qui ont créé la prose française moderne.

Tous les trois sont des ouvrages posthumes. " Carnets XIX 30-44 p990 Essais Pléiade.

 

" Chateaubriand a écrit que la mémoire était une Muse. L’oubli lui aussi est une Muse, en ce qu’il nous permet d’écrire en toute bonne foi, comme venant de nous, d’excellentes phrases que nous avons chipées à nos confrères. » (idem carnets XX P 1001 mai à nov 1931)

 

" Le côté de moi qui ne croit à rien aime Chateaubriand. L’autre homme en moi est refroidi par son manque de sérieux. …. " (idem nov 1931 à avril 1932 P1031 et suite et note de 1960)

 

" Chateaubriand _ Comme phraseur, nous n’avons pas mieux dans la littérature française. Chateaubriand genuit Stendhal : il fallait le contraire(*1). On peut cependant aimer les deux, comme je fais. [… ] Énorme bonhomme, mais, pour un auteur grave, il me fait rire trop souvent. Dans ce rire cependant je ne cesse de le respecter. Et je ne partage pas la suffocation de X… qui semblait suffoqué que quelqu'un eût intitulé un article : Goethe et Chateaubriand. Pas de proportions ? Pas de la même classe ? Je demande à réfléchir, et je n’ai pas sursauté. "  (*4)

 

"" Le Français aura beau faire, il ne sera jamais qu'un courtisan, n’importe de qui, pourvu que ce soit un puissant du jour "" (CH OT IV 141)

" Il y a exactement la même pensée de Goethe, quelque part. …

" Même horreur, de Goethe et de Chateaubriand, pour Dante : il les épouvante. … " (idem carnet XXVIII oct 1934 à fev 1935 p1151 et suivantes)

 

Mathilde Pomès écrit dans son journal du voyage du 15 Octobre 1947 avec Montherlant,  au 4 Novembre(*2) :

 

"-...Allez à Saint-Louis (*3) tandis que je m'habille, je vous y rejoindrai.

Il préfère m'attendre. Saint-Louis est à deux pas. Il lit l'inscription et trouve l'image funéraire surprenante, suggestive d'érotisme.

- On voit trop que Chateaubriand a été l'amant de la morte.

- Et puis après? C'est de la suffisance, c'est entendu et une suffisance indiscrète. Mais qui nous prouve que ce n'est pas aussi de la piété?

Dans la rue il me cite les trois phrases les plus "atroces" de Chateaubriand, en particulier celle où celui-ci se flatte de pouvoir, à volonté, faire cracher le sang à sa femme. Et il est étonné que je ne m'en indigne pas davantage. Comme s'il n'était pas lui-même un homme de lettres et capable de l'écrire, pis encore, de faire ce que disent les mots! S'il ne sait pas que je tiens cette gent-là pour ce qu'il y a au monde de plus a-humain, c'est qu'il ne me connaît pas encore.

..."

 

 

   

 /* 1   Chateaubriand engendra Stendhal: il fallait le contraire.    merci à :  http://www.lillechatellenie.fr

 /* 2 P 79

 /* 3     Saint-Louis des Français

/* 4  Cette item dans les carnets date de 1934, faisait-il allusion à une page de Barrès, dans  "Amori et dolori, La Mort de Venise" paru en 1903? "Quelle opposition dans les deux domaines classique et romantique où s'enferment ces deux pélerins! Mais c'est moins par leurs doctrines que par leur élan que les hommes nous entraînent. Goethe qui voulait se former une conception sereine de l'univers, et Chateaubriand qui courait conquérir la gloire pour mériter à Grenade une jeune beauté, nous sortent l'un et l'autre des basses préoccupations. Avec Iphigénie en Tauride aussi bien qu'avec Les Martyrs, nous prenons en dégoût les asservissements de la vie..." (extrait).

 

 

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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 09:31

Comme sur Wiki  cet article est une ébauche, première version, que je complèterai jusqu'à enlever cette mention. Version 28/12/2011. 

 

 

 Parmi son recueil de nouvelles paru en 1970, Le Treizième César [voir la lettre de HM à JS de janvier 1962 ] est la nouvelle dont Montherlant a choisi de donner le titre au volume.

Dans une publication dont on retrouve le texte en ligne, Christian Lançon, mentionne les signes avant coureur que l'on pouvait ressentir à la lecture de cet ouvrage, et mentionne l'importance du livre qui a en partie façonné la vie de Montherlant, jusqu'à sa mort: Quo Vadis.

J'avais parcouru ce livre trouvé dans les quelques livres de jeunesse de mon père, mais ce gros volume relié, d'aspect vieux n'avait pas davantage attiré mon attention, je voulais maintenant en savoir plus. quo 1900 revue blanche

 

La première question: quelle pouvait être la version lue par Montherlant, en consultant le livre (et le site) de H de Meeûs, dans la bio, j'avais quelques infos, difficile d'en savoir plus dans la Pléiade puisque le tréizième César est paru en 1970 donc après le volume des Essais, peu de chose dans l'Album, je ne suis pas allé voir le sans masque de Sipriot (j'appréhendais une nouvelle histoire sordide), donc j'ai questionné et c'est finalement Monsieur Pierrre Duroisin (*1)  qui m'a orienté, d'abord Montherlant précise qu'il a reçu ce livre de sa grand mère en 1904, le Quo Vadis de Sienkiewicz était traduit du polonais au français par  Kozakiewicz  et Janasz  et publié en 1900 à la Revue Blanche(*2) , une édition expurgée pour la jeunesse en 1901 aux éditions Lethielleux et  chez Flammarion une édition illustrée par Jan Styka à partir de 1901 puis en volume en 1904. 

 

 Une pièce de théatre en est produite par Coquelin Ainé dès 1901 au Théatre de la Porte Saint-Martin, Sienkiewicz reçut le prix Nobel en 1905. A partir de là, c'est une série de publications pour tous publics: Garnier, Hachette à la bibliothèque verte, Nelson en 1913, Ferenczi avec sa propre traduction reprise par Albin Michel,  d'autres traductions qui ont même fait l'objet d'analyses et de thèses, les éditions se succèdent encore actuellement: livre de poche, GF, etc.(*3)

 

quo vadis Théatre porte st martin 1901Quo Vadis ? a obtenu le plus grand succès, non seulement dans la patrie de l'auteur, en Pologne, mais encore dans tous les pays où ce roman a été traduit.

Mis à la scène à Paris, Quo Vadis ? obtiendra la même faveur que dans le livre. L'ouvrage garde toutes ses qualités tour à tour charmantes ou tragiques. Nous irons tous suivre les intrigues amoureuses entre Vinicius et Lygie; nous applaudirons l'intrépide Ursus; nous haîrons puis aimerons Chilon Chilonidès qui, de fourbe, devient martyr, et nous saluerons la superbe figure de l'apôtre Pierre.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'une oeuvre de Sienkiewicz est adaptée au théâtre. Le plus remarquable et le plus heureux des adaptateurs de Sienkiewicz est certainement le célèbre acteur anglais Barret(*4). Quo Vadis ? a été joué à Londres avec grand succès.

Plusieurs dramaturges polonais ont mis également à la scène les trois épisodes du célèbre roman national Par le fer et par le feu, aussi populaire dans les pays slaves que Quo Vadis ?

 

 

 

L'histoire? Je transcris ici "Le pitch" de la pièce tirée du roman par Emile Moreau, tel que paru dans le programme illustré par Maurice de Lambert. Partie musicale de Francis Thomé, Orchestre et choeurs sous la direction de M. Louis Laporte. Résumé par "Cinos":

 

  Il est difficile de suivre, dans un résumé, les multiples évènements qui se brodent autour de l'émouvant amour de Vinicius et Lygie.

Vinicius est un jeune tribun militaire, impétueux et sentimental; il a pour meilleur ami Pétrone, le fameux historiographe de la décadence romaine. Vinicius est enthousiaste, prompt à prendre des partis extrêmes; Pétrone est indulgent et sceptique. Pétrone ne croix pas aux dieux de l'Olympe, mais les respecte parce qu'ils sont amis des arts et de la volupté.

Vinicius s'est épris de Lygie, jeune princesse lygienne qui, faite jadis prisonnière avec son peuple, a été adoptée par l'austère Aulus Plautius. L'amour de Vinicius pour Lygie est d'abord tout païen: pour le tribun, Lygie n'est qu'une jolie femme désirable, - et il la désire de toutes ses forces.

Un jour Vinicius et Pétrone vont chez Aulus Plautius et le jeune homme peut approcher à nouveau Lygie pour lui faire entendre qu'il l'aime. Mais il ne le saura que plus tard, Lygie est chrétienne comme l'épouse de Plautius, Pomponia. Et la religion de Lygie interdit à celle-ci d'écouter les propos empreints de libertinage païen de l'ami de Pétrone.

Que va faire Vinicius? Pétrone, qui se soucie assez peu de la liberté et de l'honneur d'une femme, demande à Néron, qui n'a rien à refuser au poète et au courtisan, accède.

....

....

 

 

Si la grand-mère de Montherlant proposa cette lecture à son petit-fils, c'est aussi à la lecture des recommendations qu'elle pouvait lire dans sa presse: "recommandée par M. de Marolles, le très autorisé président de la corporation des publicistes chrétiens. Elle était depuis longtemps réclamée et attendue. Le succès de Quo Vadis vient de ce qu'on y a vu une magnifique apologie du christianisme."  (Edmond Biré dans le Correspondant).

"Qu'il l'ait cherché ou non, son beau roman aura été pour beaucoup de coeurs le plus persuasif sermon du siècle."  A Baudrillat dans Univers).

 

Le fait est clair que La Revue Blanche, nettement marquée anticléricale et dreyfusarde, voir anarchiste, a fait ôter par Janasz les paragraphes de réflexion chrétienne et du conflit avec le peuple juif, présents dans l'original polonais. La version expurgée même "recommandée" de Lethielleux n'a pas le caractère d'origine qui aurait pu considérablement changer la vision qu'en ressentit Montherlant. (*6).

Si on relie celà à la référence que fait Montherlant de sa lecture de Grandeur et Décadence de Rome édité à partir de 1906 en France en traduction (plutôt mauvaise d'après NRF) de l'historien italien G. Ferrero, lui même fortement contesté pour une  interprétation très personnelle et originale de ces temps, il serait possible de dire que toute l'oeuvre et la vie de Montherlant ont été construites sur des sources faussées.  

 

EDITIONS DE LA REVUE BLANCHE, PARIS 1900. Format in-8°, livre relié 645 pp.,  Traduction de B. Kozakiewicz et J.-L. de Janasz.

 Quo vadis ? est un roman historique de Henryk Sienkiewicz, publié en feuilleton dans la Gazeta Polska à partir de mars 1895, et traduit pour la première fois en France dans la Revue blanche. Quo vadis ? dépeint les persécutions que les chrétiens ont subies sous Néron au Ier siècle en racontant l'histoire des amours d'un patricien, Marcus Vinicius, et d'une jeune femme chrétienne, Lygie, surnommée Callina. Le titre évoque la question qu'aurait posée saint Pierre fuyant Rome et rencontrant Jésus-Christ portant sa croix : « Quo vadis, Domine ? » (« Où vas-tu, Seigneur ? »). Sienkiewicz transpose en fait l'oppression russe sur la Pologne alors divisée, le tsar représenté par Néron voulant convertir les catholiques uniates à l'orthodoxie. Sienkiewicz, lors de ses séjours en Italie, se réunissait en effet avec des résistants polonais à Rome dans une chapelle sur la via Appia, lieu où aurait été prononcé le Quo vadis. Quo vadis ? vaudra à Sienkiewicz de recevoir en 1905 le prix Nobel de littérature . Les sources littéraires du roman se retrouvent dans les actes de Pierre et Acté d'Alexandre Dumas, roman historique sur la concubine de Néron.(*5)

 

Editions Lethielleux. 1901 Nouvelle édition expurgée à l'usage de la jeunesse. Traduction de B. Kozakiewicz et J.-L. de Janasz. Broché. 617 pages.

 

Les Ed. catholiques P. Lethielleux, ont publié en 1901, une étude de Orazio Marucchi pour accompagner sa version "expurgée pour la jeunesse". Cette "sorte d'introduction populaire qui puisse faciliter à la généralité des lecteurs l'intelligence du milieu dans lequel se développe le récit."

 

Aussi Chez Garnier en 1905; bibliothèque verte, Nelson, ...Voir l'album ------>

 

 

 

 Commentaires sur le film version 2001 et le roman ...

 

 

 

  /*1    Pierre Duroisin    

 

 /*2  Présentation du livre par Janasz l'un des traducteurs dans le numéro 166 de "La Revue Blanche" 1900 qui publiait un extrait.

 

La revue Blanche des frères Natanson    dont le secrétaire était Félix Fénéon  responsable également de la maison d'édition, jusqu'à son transfert en 1903 à Eugène Fasquelle (devenu éditions Charpentier et Fasquelle en 1905).

 

Le livre de Bourrelier sur la revue Blanche 2007

 

 

 /*3  Une étude de Maryline Vogel sur Quo Vadis ? est indispensable pour une synthèse actualisée (2003) sur le sujet.  

 

 

/*4 Wilson Barret

 

 

 /*5  Cette origine des sources proférée par Brunetière est contestée par Daniel Beauvois (poche 1983) en particulier en citant H. Sienkiewicz qui affirme n'avoir lu ni les Martyrs de Chateaubriand  ni Acté de Dumas mais ne nie pas l'Antéchrist de Renan.

 

/*6 L'étude de Marja Kosko "La fortune de Quo Vadis ? de sienkiewicz en France" a la particularité d'être effectuée assez tôt (1934) pour avoir pu contacter une partie des acteurs de l'édition (Félix Fénéon par exemple) et par une étudiante polonaise, qui a comparé ligne à ligne les différentes traductions et l'original.

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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 17:09

La lettre de Montherlant à Banine, publiée dans le chapitre Banine de Montherlant.be, figurait parmi les correspondances de Banine de l'année 1952, en réponse à ses réflexions (lettre du 21 juillet 1952)  sur l'article "Pantin-parisien" publié par Montherlant dans le numéro 53 de La Table Ronde de Mars 1952 (*1). Cet article est étrange où il parle de la mort, du bonheur, "notre équilibre intérieur dépend, je pense,lui dit Banine, avant tout de nous même. Vous me répondrez qu'encore faut-il avoir de la volonté ..." 

 

Elle évoque également l'article de François Mauriac dans le même numéro "comme s'il voulait vous donner la réplique - parle de l'acte de volonté qu'exige la conquête de la foi. Il se peut qu'il ait raison" .

 

 En effet Montherlant prétextant une promenade dans les cimetières parisiens plutôt sinistre "Un Parisien qui veut finir à la fosse commune n'en trouve plus qu'aux cimetières "parisiens" (c'est à dire: réservés aux habitants de Paris) des communes banlieusardes de Bagneux, Pantin et Thiais. Plus une fosse commune dans Paris. "Hors du camp!" était la formule du Moyen Age contre les lépreux." y pousse une réflexion sur la fin de vie et la recherche du bonheur. "A partir d'un certain âge, une journée de bonheur éclatant (sous le signe amoureux, il va sans dire) appelle un lendemain de mélancolie, plus que la journée morne." ..."Ainsi votre réaction devant la pensée de votre mort peut varier du tout d'un jour à l'autre." ... "Quant à moi, je ne me décide pas sur ce qui est raisonnable pour une fin de vie." Il se réfère à Pascal, ... et débouche sur une pensée de vie éternelle dans la foi "Ce qui était chez moi vision de la vie sera renforcé par l'approche de mon éclatement individuel. ..."  et finalement "Le vieillard qui a une forte foi religieuse n'a qu'à attendre avec patience la fin de son intermède terrestre, ... ! Mais il faut une foi de roc: tout est perdu au moindre doute."

Dans l'article "Pages de Journal" Mauriac effectivement comme en écho à Montherlant évoque la mort "Mais il faut bien que l'approche de l'éternité comporte quelques privilèges."  appelle aussi Pascal à la rescousse,  et expose ce qui motivera la citation par Banine: "Comment peut on avoir la foi? J'hésite toujours à répondre ce que je crois vrai: qu'elle est affaire de volonté et qu'il faut commencer par vouloir croire."

 

 Puis de Yourcenar: "Je pense avec admiration et beaucoup d'envie à la femme la plus étonnante que je connaisse, à son équilibre intérieur qui semble bâti sur un soc inébranlable - à Marguerite Yourcenar. Vous avez lu sans doute son admirable Hadrien. Encore une rencontre qui ne m'a pas déçue. Cette femme est sympathique malgré des caractéristiques qui auraient pu le rendre odieuse. Elle a fait une très forte impression même à Jünger, ce qui est un tour de force."

 

Dans sa lettre du 24 Juillet Montherlant répondait férocement à la fois au courier de Banine et à l'article de Mauriac de LTR qu'il avait forcément lu: ""Ceux qui, toute leur vie, ont vécu avec une foi religieuse sont ou des esprits débiles, ou de bons esprits, mais avec un coin véreux: ce coin véreux où se loge "Dieu". Pour eux, il me semble qu'on peut avoir l'indulgence que mérite la faiblesse humaine." 

Montherlant semble faire peu de cas de Jünger:"Vous m'avez envoyé un livre de Jünger. Je vous ai répondu, il me semble, que je le lirais cet été, ce qui est toujours dans mes intentions." Quant au sujet principal de Banine, l'article dans le cimetière parisien, juste une allusion: "Merci pour ce que vous me dites de mes pages de la Table Ronde."

 

Banine dans sa réponse du 28 juillet insiste sur les 3 sujets qui lui tiennent à coeur:

1- JUNGER"Ma question ne concernait pas le Journal (*2) de J. mais un petit livre que j'avais déposé à la NRF. Vous m'aviez écrit que vous ne l'aviez pas reçu. J'ai réclamé, et on m'a assurée que vous le recevriez. Depuis ce temps, je ne sais plus rien. Mais - comme je l'ai déjà dit - ce livre n'a pas d'autre intérêt que bibliographique. J. l'avait fait imprimer en 200 ex. à l'intention de ses amis."

2-  La FOI "pour trouver un équilibre intérieur (et non par peur de la mort...)"  "Je n'aimerais pas vous fâcher, mais la certitude des athées me parait pour le moins aussi présomptueuse que celle des croyants. Personne en cette matière ne peut en fin de compte prouver quoi que ce soit. ... Et puis, se tromperaient ils même, il ne me déplairait pas de me trouver en compagnie de Tolstoï, de Bouddha ou de Goethe.   

3- Yourcenar  "En ce qui concerne Hadrien; ce livre n'a rien de commun avec les histoires dites romancées: c'est en quelque sorte la reconstruction d'une âme, faite avec une intelligence, une subtilité et un lyrisme qui mettent M.Y. au rang d'un grand écrivain. ... Je vous assure que vous auriez tord de ne pas le lire."

 

Cette lettre est dactylographiée mais en PS  manuscrit elle ajoute:

"Si je vous disais que M.Y. vous admire beaucoup, vous me diriez sans doute que cela vous est égal. Mais là encore vous auriez tord: l'admiration d'un écrivain comme elle n'est pas chose négligeable."

 

Bien admirativement à vous        Banine"

 

Dans une lettre du 30 décembre 1953, pour ses voeux et en remerciement de la réception du petit livre de "Spiriot" [sic] (*3) elle lui fait part de son admiration avec quelques réserves en le comparant à ses autres préférences: "... ce que j'aime le plus décidément en vous ... c'est votre attitude devant la vie, votre personnage. Que de résonnance il éveille en moi, ce qui m'étonne car enfin comment peut-on être attiré à la fois par Tolstoï et par Montherlant? aux antipodes l'un de l'autre. ...  Et si j'aime moins votre mépris pour l'humanité , je ne le comprends que trop, étant littéralement ravagée de mépris et m'en défendant en vain. ... "Il faut toujours combattre la tentation de mépriser" dit Jünger dernière manière. Je suis de raison avec lui, de coeur avec vous.: l'humanité est beaucoup plus méprisable qu'admirable. Mais là devrait intervenir  cette charité dont vous parlez aussi beaucoup"...(*4)

 

En marge cette annotation de Montherlant: "Connaître les hommes et ne pas les mépriser"

 

  /*1   Repris dans chapitre XVIII de Fichier Parisien.

  /*2  Tome 2 du Journal 1941-1945 chez Julliard, dont un extrait figure dans LTR 70 d'octobre 1953

  /*3 Montherlant par lui même Seuil , Pierre Sipriot première édition 1953

  /*4 Montherlant n'était pas en reste sur son admiration de Tolstoï , il écrivait dans ses carnets (années 60 de Garder tout en composant tout gallimard 2001) "Hommage à Tolstoï, Tolstoï est un des écrivains étrangers qui ont le plus compté pour moi. Bien plus que Dostoïevski. Je ne pense à lui qu'avec une admiration affectueuse, bien que sachant tout ce qu'on peut lui reprocher. J'insiste sur ce mot "affectueuse". ...  "C'est donc non seulement comme écrivain, mais comme homme, que j'ai une gratitude véritable pour Tolstoï."

 

 

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